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Lucy Dayrone – Comment naît la rosée

Voici la déclamation du poème, en espérant que cela vous plaise…

Une nuit, j’ai demandé à Morphée
D’où venait la rosée du matin.
Aux cils tombants il vint me retrouver,
Écartant le songe du revers de la main.

 » Suis moi, toi qui veut savoir
Comment naît la rosée du monde
Je t’en offre le secret ce soir
Cache le sous ta plume féconde ! « 

Ainsi j’embarquais à bord du Rosae
Navire de marbre à coque d’argent
Scintillant sur les flots colorés
Du royaume de l’enchantement.

Au vent du rêve je respirais
L’imaginaire, m’oxygénais d’idéal,
Puis Morphée à la barre pointait
Une rose aux orangés pétales.

Géante des mers haut perchée
Sur une vague verte, tel un lotus
Qui, saisie dans son essor, figée,
Soutenait la demeure d’une Vénus

Les amarres furent larguées en son creux.
Nos pas ne laissèrent nulles empreintes
Sur le mouvant dallage aqueux,
Rappelant les teintes de l’absinthe.

Je grimpais les marches flanquées
Le long des étamines jaunes,
Jusqu’au sommet parfumé
Lit de pollen ou mœlleux trône –

Je découvrais ce paysage doré
Sur lequel s’étendait la Merveille,
Apparition, aube hyperborée
Chassant les ténèbres qu’elle balaye.

La chevelure pailletée d’étoiles
Sur sa peau d’astre et de ciel,
Elle avait tout de ces boréales
Aurores, la magie essentielle.

Interdite, je n’osais la rejoindre
Lorsque d’un geste elle m’invita
A ces côtés, prête à m’oindre
D’une étrange huile de coma.

Elle parla sans bouger les lèvres,
Du bout de la pensée me dit :
 » N’ai crainte mon orfèvre
Je ne fais que t’endormir ici.

Il te faut passer les portes
Qui mènent au rêve profond
Lieu sacré où je t’escorte
De mon doigt sur ton front. »

Je sentis l’huile me brûler,
Agir, investir mon sang
Puis je me mis à chavirer,
Entre ses bras évanescents.

Sa main, douce et chaude
Parcourait mon visage,
Les ongles écrivant une ode
La sienne – dans ce fin sillage.

Marqué de sa vie onirique
J’étais pâle et bleue d’elle,
Pierre de lune antique
En son cœur-escarcelle.

C’est aux abyssaux délires
Que Vénus me voua,
Pour que puisse s’ouvrir
La porte du Nirvāna.

Silence. Clapotis en écho…
Son pas dans l’ombre d’un boudoir
Son pied plongeant dans les eaux
D’un bassin de pierres noires.

 » Larmes d’apaches polies « 
Dit-elle en désignant son bain.
 » Pierre de tristesse d’un pays
Qui engendre la rosée de demain.

Je pleure la Terre Mère
Au souvenir des passions
De ceux qui jadis s’aimèrent
Et toujours s’aimeront…

J’en suis détentrice.
J’hydrate ta réalité
Sans que cela ne trahisse
Mon amour pour toi dédié. « 

Son regard guida le mien
Vers sa chair frémissante,
Dévoilant la pointe d’un sein
Où perlait une goutte iridescente.

Du dessus de l’ongle elle la récolta,
Déposant sur une oblongue pierre
La bien-née perle qui libéra
Une pure et intense lumière.

Alors partout sur les larmes
Un voile humide se formait.
Vénus le captura d’un charme :
Entre ses paumes, la rosée naissait.

Elle me rejoignait les mains serrées,
Laissant s’écouler sur moi
Un peu de cette fraîche rosée
Que je recevais tout en émoi.

Je m’évanouissais à nouveau
La joue sur sa solide épaule,
En proie aux cruels maux
Quand l’âme entière s’étiole…

Réveil. Ô silence qui ronge
Tout le jour et chaque fois
Quand sa voix dépasse le songe
Et murmure  » Rejoins moi ! « .

2 Commentaires

  1. Anonyme

    27 octobre 2012 at 10:33

    Une voix enchanteresse, des mots sortilèges…Quand ta poésie m'émerveille…

  2. Lucy

    27 octobre 2012 at 13:58

    A votre service, Muse…

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