Prose

Dans les bras de Morphée…

[ conte érotique ]

Morphée vient à moi comme la Mort, par derrière, en silence et d’élégante façon. Un baiser sur la nuque, la main sur l’épaule, le ventre contre mes reins, c’est ainsi qu’il se fond en moi et me possède sans que je n’en devine rien. Seul maître de mon bateau ivre, il me transforme au gré de ses envies, me matérialisant dans son royaume des Songes. 

Tantôt Dame de Coeur, tantôt enfant des bois, il fait de moi le fantasme qui lui plaît, nuit après nuit, au rendez-vous des Songeurs de Lune.
 
Une blanche nuit, alors qu’un grand rassemblement avait lieu au sommet de mon esprit encombré – pleins de Peut-Etre et de Pourquoi, ces lutins qui ne s’écoutent jamais ! -, Morphée vint me trouver. Son baiser dû se faire insistant pour que je le rejoigne et il dû me promettre une robe de moire à galons d’eau pure et une parure de pierres mouvantes. Devenue déesse selon lui, j’acceptais de le suivre pourvu qu’on laisse à leurs affaires ces lutins bavards !
Il m’emmena donc au bord d’un lagon qui n’en avait que l’apparence, car l’eau était une immense prairie de fleurs d’étoiles, ondulantes, chatoyantes, aux reflets fantastiques donnés par un éclatant mais froid soleil. Tout autour, les falaises et rochers qui enfermaient cette beauté étaient les deux jambes, immenses, d’une femme-forêt. Ses pieds arqués comme ceux d’une ballerine pointaient vers l’horizon d’où naissaient les fleurs d’étoiles. Envahissant progressivement le lieu enchanté, elles embrassaient les mousses chaudes et humides qui habillaient l’entre-cuisse végétal. Se dégageait de cet antre ouvert l’envoûtante et particulière odeur du sel, flottant là tout autour de nous, invitant inéluctablement à l’ivresse…
Il n’y avait en cette caverne qu’une entrée. Ni plafond, ni sol ; les parois inexistantes étaient remplacées par le vide absolu, l’espace infini, noir, avec vue sur des nuées d’étoiles de toutes les couleurs ! Ni ciel, ni terre, rien qu’un parterre de pétales scintillants, gigantesque, qui se gonflait pour inspirer et perdait de son volume pour expirer. 
C’était le poumon du rêve, la respiration d’Utopÿa. 
 
Attirée par ce souffle divin, déstabilisée par la douceur de ce tapis irisés, je tombais à genou emmenant Morphée dans ma chute, contre mon dos. Ses lèvres effleurèrent ma nuque et je m’endormis dans ce rêve. Je rêvais alors que j’étais un homme qui rêvait qu’il était un papillon, comme cet empereur Chinois qui au matin se demandait s’il n’était pas plutôt un papillon qui rêvait qu’il était un homme. 
Aussitôt mes yeux se rouvrir sur la féerie du poumon merveilleux et Morphée m’apparu, superbe au-dessus de moi, qui me pénétrait comme s’il habillait sa verge de délice. Instant sacré. Les ondulations du parterre offraient à mon corps des mouvements inconnus qui m’empêchait de capturer mon amant tout en l’avalant plus loin ensuite. De ma parure, de ma robe de moire il ne restait plus que les galons d’eau coulant en rivières chaudes sur ma peau nue, brûlant sous la caresse de ce dieu amoureux. Nos corps se soulevaient et retombaient au rythme même de nos propres respirations, les pétales pigmentaient nos épidermes devenus argentées, jusqu’à renvoyer nos reflets de supplices. 
 
Pour flatter mon sein il avait rendue sa langue fourchue afin d’en saisir le bout, dur et tendu tandis que son sexe, à la fois tendrement et puissamment, allait et venait dans une danse effrénée à faire jouir mille vierges en un concert de hurlements. Nos bouches se cherchaient sans cesse pour s’accrocher à cet indéfinissable moment, ses cheveux d’or se nouaient aux miens tressant une corde lancée vers l’extase, toujours plus longue, toujours plus fine sur laquelle le roi orgasme glissait en gémissant sans aucune retenue. Nos doigts se croisaient, les dos se cambraient, tout de nous étincellait dans une vive et pure lumière blanche dont l’énergie nous portait au sommet du plaisir dans une vibration infernale qui fit soudainement éclater le rêve en une poussière opaque recouvrant tout autour de nous. 
 
Seuls, enlacés dans le néant et privés de la vue, nous décidâmes de n’être plus qu’un pour ne pas se perdre dans le chaos des coeurs emballés. C’est donc en caresses d’eau que nous redessinions notre corps, unique, l’un dans l’autre et que jusqu’au réveil, inlassablement, j’empruntais sa main pour retrouver en moi la magie de ses doigts. Et c’est avec chaque souffle d’un solitaire plaisir que nous reconstruisîmes le poumon du rêve, redonnant leur parfum salé aux fleurs d’étoiles…
 
Étais-je une femme qui rêvait qu’elle était une déesse ?

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