Les amants dans le ciel

” Sur la mer de nuages j’ai vu le soleil épouser l’orage, comme s’il n’existait plus qu’un monde dans lequel tout se faisait l’amour, dans le sublime, dans le sacré. Surgissant des vapeurs colorées d’ocre, c’était Toi, venant vers Moi, rimant vers Nous…”

Une silhouette se détacha de l’onirique tableau, se transformant d’ombre en créature vêtue de pluie, un faiseur d’averses et de moussons.
Il avançait, une main tendu​e​ vers la Muse faite de brume. Ses doigts vaporeux saisirent les filets d’eau, plongeant vers la paume sur laquelle était gravé leur ​commun ​destin. Lentement, les éléments se mirent à danser, et de la terre, on ne voyait rien de cet amoureux spectacle.

” Magie des mots d’une âme virtuose. Dieu que je t’aime…
– Toi le seul Dieu que j’aime…
​​- …et la Lumière créa un dieu. Mon miracle, rien ne t’égale, ne t’approche, tu as pour sang la poésie !
– Mais c’est là chair de ton amour que je revêt.
– Divine incarnation ! L’éther de mon extase pour épiderme.”

Leur chant sentait l’orage et le vent ;​ la traîne de la nuageuse robe serpentait entre les collines bercées par les dernier​s​ rayons d’un soleil mourant.

” J’aime cueillir tes mots pour les offrir à ces nocturnes cieux. Chacun d’eux devient étoile, chacune d’elle éclate d’une beauté sans pareille. L’univers est chargé de tes mots quand j’observe la voûte céleste.
– Si je pouvais en faire autant…
– Tu es cueilleur d’extases, ta pluie ruisselle sur nos amours…​”​

La nuit fondit sur eux sans un bruit, obscurcissant l’éclatante et cotonneuse robe, rendant l’homme de la pluie invisible. Ils se savaient, se rêvaient, se frôlaient, mais ne se voyaient.

“Mon Amour… Et si demain le soleil ne revenait pas ?
– Alors Soleil je serais et Lune tu deviendras​…​”

Cette nuit là, les toits ruisselèrent de soupirs, frappés par l’ardeur d’un orage à la violente douceur.

Extrait de “Lizabeth” roman érotique

…à paraître…

***

(…) Un mois n’étant pas suffisant à apprendre à jouer d’un instrument, elle avait dû faire l’impasse sur la harpe avec beaucoup de regret, mais comblait ses doigts le soir venu quand sur le sexe de Julia elle jouait d’une toute autre musique, sur de très sensibles cordes…

C’est d’ailleurs tout en poétique musique qu’un soir, après que Julia ait terminé de l’habiller pour la nuit et natter la longue chevelure blonde de Lizabeth, que cette dernière fit s’allonger la domestique sur son lit qui prétextait avec une moue coquine qu’il faisait bien froid déjà. L’hiver était à quelques pas mais cette chambre fermée à double tours contenait un début de canicule. C’était Lizabeth qui rayonnait sur Julia, la faisant fondre de désir sans même la toucher. Elle était si charismatique, comme constamment couverte de suggestions ! Son corps semblait être la métaphore des plaisirs interdits et sa bouche paraissait sans cesse soupirer des invitations. Elle s’allongea à ses côtés, effleurant du revers de la main la coiffe de son uniforme qu’elle fit descendre de sa chevelure, en libérant la brune épaisseur de quelques épingles. Les doigts qui massaient l’arrière de son crâne étaient déjà comme une promesse.

« Connais-tu François de Malherbe, Julia ? demanda-t-elle en déboutonnant sa robe pour révéler un corsage à dénouer.
– Non, Mademoiselle… soupira-t-elle
– C’est un poète du siècle dernier, poursuivit Lizabeth en jouant avec le lacet qui dévoilait peu à peu la généreuse poitrine de sa domestique. Il a écrit un poème que l’on appelle un sonnet selon sa forme particulière, et ce sonnet parle de la beauté de Caliste. Qu’il n’y a rien de plus belle qu’elle… »
Julia écoutait à peine, gémissant brièvement lorsque sa maîtresse alla de la langue effleurer le sommet de son sein qui n’appelait que le plaisir. Lizabeth continuait sa leçon de poésie à sa docile élève qui n’entendait là que des mots sans signification, bercée par la sensualité de son professeur qui la chevauchait sur une jambe à présent, ayant défait elle-aussi un lien sur sa chemise de nuit qui lui descendait sur les hanches.
« La clarté de son teint n’est pas chose mortelle, déclama-t-elle en baisant la rondeur de ses seins. Le baume est dans sa bouche, et les roses dehors. »
Sur ce vers, elle perça le rempart de ses lèvres pour que sa langue rencontre la sienne et de sa main experte, alla exercer une légère pression sur son pubis chaud et humide.
« Oh, Mademoiselle ! gémit Julia en soulevant son bassin. »
« Sa parole et sa voix ressuscitent les morts, reprit-elle en la pénétrant d’un doigt. Et l’art n’égale point sa douceur naturelle. »
De son autre main elle la caressa du menton jusqu’au gonflement de sa poitrine qu’elle enroba de sa paume, laissant la douceur de son pouce exciter un mamelon durcissant.
« La blancheur de sa gorge éblouit les regards, Amour est en ses yeux, il y trempe ses dards, soupira-t-elle en invitant son index à rejoindre le majeur déjà présent dans son pluvieux Eden. Et la fait reconnaître un miracle visible. En ce nombre infini de grâces, et d’appas. »
Elle souleva le jupon que la robe déboutonné n’avait pu libérer, y engouffra le visage et saisi le joyau de chair entre ses lèvres, l’embrassant de sa langue inquisitrice qui savait tous les recoins des plaisirs les plus intenses. Julia tentait de retenir ses cris, elle s’en mordait la main, s’en griffait les côtes, mais l’orgasme, plus fort que la peur d’être entendue, éclata en un millier de soupirs venus d’en bas et libéra une superbe plainte pleine de merveilleux. Lizabeth se nourrissait de ce cri comme d’un met exquis puis s’essuya élégamment la bouche sur les tissus froissés. Tout en remontant lentement vers le visage rougie de sa soumise domestique, elle lui glissa au creux de l’oreille :
« Qu’en dis-tu ma raison ? crois-tu qu’il soit possible D’avoir du jugement, et ne l’adorer pas ? »

Image : Nu féminin, 1930, Lotte Errell

Dans les bras de Morphée…

[ conte érotique ]

Morphée vient à moi comme la Mort, par derrière, en silence et d’élégante façon. Un baiser sur la nuque, la main sur l’épaule, le ventre contre mes reins, c’est ainsi qu’il se fond en moi et me possède sans que je n’en devine rien. Seul maître de mon bateau ivre, il me transforme au gré de ses envies, me matérialisant dans son royaume des Songes. 

Tantôt Dame de Coeur, tantôt enfant des bois, il fait de moi le fantasme qui lui plaît, nuit après nuit, au rendez-vous des Songeurs de Lune.
 
Une blanche nuit, alors qu’un grand rassemblement avait lieu au sommet de mon esprit encombré – pleins de Peut-Etre et de Pourquoi, ces lutins qui ne s’écoutent jamais ! -, Morphée vint me trouver. Son baiser dû se faire insistant pour que je le rejoigne et il dû me promettre une robe de moire à galons d’eau pure et une parure de pierres mouvantes. Devenue déesse selon lui, j’acceptais de le suivre pourvu qu’on laisse à leurs affaires ces lutins bavards !
Il m’emmena donc au bord d’un lagon qui n’en avait que l’apparence, car l’eau était une immense prairie de fleurs d’étoiles, ondulantes, chatoyantes, aux reflets fantastiques donnés par un éclatant mais froid soleil. Tout autour, les falaises et rochers qui enfermaient cette beauté étaient les deux jambes, immenses, d’une femme-forêt. Ses pieds arqués comme ceux d’une ballerine pointaient vers l’horizon d’où naissaient les fleurs d’étoiles. Envahissant progressivement le lieu enchanté, elles embrassaient les mousses chaudes et humides qui habillaient l’entre-cuisse végétal. Se dégageait de cet antre ouvert l’envoûtante et particulière odeur du sel, flottant là tout autour de nous, invitant inéluctablement à l’ivresse…
Il n’y avait en cette caverne qu’une entrée. Ni plafond, ni sol ; les parois inexistantes étaient remplacées par le vide absolu, l’espace infini, noir, avec vue sur des nuées d’étoiles de toutes les couleurs ! Ni ciel, ni terre, rien qu’un parterre de pétales scintillants, gigantesque, qui se gonflait pour inspirer et perdait de son volume pour expirer. 
C’était le poumon du rêve, la respiration d’Utopÿa. 
 
Attirée par ce souffle divin, déstabilisée par la douceur de ce tapis irisés, je tombais à genou emmenant Morphée dans ma chute, contre mon dos. Ses lèvres effleurèrent ma nuque et je m’endormis dans ce rêve. Je rêvais alors que j’étais un homme qui rêvait qu’il était un papillon, comme cet empereur Chinois qui au matin se demandait s’il n’était pas plutôt un papillon qui rêvait qu’il était un homme. 
Aussitôt mes yeux se rouvrir sur la féerie du poumon merveilleux et Morphée m’apparu, superbe au-dessus de moi, qui me pénétrait comme s’il habillait sa verge de délice. Instant sacré. Les ondulations du parterre offraient à mon corps des mouvements inconnus qui m’empêchait de capturer mon amant tout en l’avalant plus loin ensuite. De ma parure, de ma robe de moire il ne restait plus que les galons d’eau coulant en rivières chaudes sur ma peau nue, brûlant sous la caresse de ce dieu amoureux. Nos corps se soulevaient et retombaient au rythme même de nos propres respirations, les pétales pigmentaient nos épidermes devenus argentées, jusqu’à renvoyer nos reflets de supplices. 
 
Pour flatter mon sein il avait rendue sa langue fourchue afin d’en saisir le bout, dur et tendu tandis que son sexe, à la fois tendrement et puissamment, allait et venait dans une danse effrénée à faire jouir mille vierges en un concert de hurlements. Nos bouches se cherchaient sans cesse pour s’accrocher à cet indéfinissable moment, ses cheveux d’or se nouaient aux miens tressant une corde lancée vers l’extase, toujours plus longue, toujours plus fine sur laquelle le roi orgasme glissait en gémissant sans aucune retenue. Nos doigts se croisaient, les dos se cambraient, tout de nous étincellait dans une vive et pure lumière blanche dont l’énergie nous portait au sommet du plaisir dans une vibration infernale qui fit soudainement éclater le rêve en une poussière opaque recouvrant tout autour de nous. 
 
Seuls, enlacés dans le néant et privés de la vue, nous décidâmes de n’être plus qu’un pour ne pas se perdre dans le chaos des coeurs emballés. C’est donc en caresses d’eau que nous redessinions notre corps, unique, l’un dans l’autre et que jusqu’au réveil, inlassablement, j’empruntais sa main pour retrouver en moi la magie de ses doigts. Et c’est avec chaque souffle d’un solitaire plaisir que nous reconstruisîmes le poumon du rêve, redonnant leur parfum salé aux fleurs d’étoiles…
 
Étais-je une femme qui rêvait qu’elle était une déesse ?
Image : Dans les bras de Morphée (Valérie Domenjoz)

Secret

Elle voulait s’appeler Secret, prendre pour nom de famille une promesse et vivre dans une allée nommée Désir.
Dans quel pays ? Elle n’en savait rien. A vrai dire, elle n’avait nulle frontière et pour son âme, un royaume infini aurait à peine suffit.
Au cours de cette nouvelle vie – de ce rêve charmant -, Secret voulait être archéologue de profession, caressant avec véhémence le sol sacré d’une terre qu’elle adorait. Elle souhaitait même pouvoir tout tenir dans la paume de sa main mais toujours, malgré l’imagination, ce lieu demeurait une énigme à ses sens.
Pourtant il suffisait simplement d’en exprimer la demande à haute voix pour que le sol s’ouvre et lui dévoile ses mystères…
Désespérée, c’est ce qu’elle fit avant de s’endormir.
Et sous sa couche, la terre céda.
Merveilles !
Secret pu voir sortir de la poussière un temple superbe, fait de colonnades et d’écritures mystiques, à travers lesquelles les vents des soupirs passait pour réchauffer la pierre et donner vie aux espaces vides. Le toit, en forme de terrasse, arborait un magnifique chapeau de vergers où les pommiers étaient en fleurs et les fleurs courtisées par les abeilles. Ce temple jaillissait des profondeurs sans le moindre fracas, comme s’il se construisait à mesure qu’il apparaissait, dans un calme et une douceur qui chantait la beauté du silence. Le rythme de cette inaudible mélodie était soutenue par les battements de mille coeurs.
Soudain une lumière mauve, agréable, enveloppa la sainte bâtisse invitant Secret à prendre résidence dans cette allée nommée Désir, où elle serait l’unique riveraine.
Elle entra dans la lumière…
Aussitôt, les colonnes tirèrent entres elles de larges rideaux occultant les rayons d’un soleil trop présent. Partout au plafond étaient tendues des toiles d’organza aux chatoyantes couleurs. Les sols étaient tapis de mousse, pierres polies et feuilles tendres.
Respectueuse, et avec l’impériale envie de sentir la peau de ce lieu sous ses pieds, Secret déchaussa ses bottes d’aventurière pour marcher voûtes nues à même le sacré.
Des feux violets brûlaient dans un âtre immense au fond du temple. Tout au fond, loin comme si c’était un horizon inatteignable. Elle voulait toucher ce feu, le posséder, le boire pour en faire partie. Etre transformée.
S’abreuver de flammes.
Tout le long du chemin qui y menait, se trouvait des ravissements et trésors à effleurer, à étreindre, embrasser. Secret ne savait pas comment les toucher sans les insulter, alors ce sont ces mêmes ravissements qui vinrent à elle, tout autour d’elle. Il y avait de la magie, de l’invisible, des mains dégantées qui passaient sous son bustier, le délaçant à peine, qui décousaient son pantalon, faisait rendre les armes à ses dentelles. Il n’y a que son parfum qu’elles ne lui ôtèrent pas, car en ce lieu les fragrances étaient plus qu’appréciées. Dont une, de choix, qu’aucun parfumeur d’aucun monde ne pouvait reproduire.
Drapée dans un velours noir qu’un mystère avait posé sur ses épaules, chancelante, Secret fléchit les genoux sous le délicieux malaise qui s’empara d’elle. Son regard fixait inlassablement le violet du feu qu’elle voyait augmenter, puis renversa la tête. Un baiser échappé de la corolle d’une fleur écarlate était venu goûter à ses lèvres. Il lui semblait qu’un bouquet entier de ces baisers, frais et veloutés, la dévorait de jouissance jusqu’à s’infiltrer en elle, léchant la plus intime partie de ses profondeurs pour en extraire le fameux parfum dont se nourrissaient les fleurs d’ivresse.
Le sublime calvaire finit en un écho à peine perceptible. Une énergie divine, couleur de plaisir, s’enfuit alors vers l’âtre pour s’y consumer dans une petite explosion pleines d’étincelles roses. Des flammèches représentant des silhouettes de femmes dansèrent un instant puis s’effacèrent.
Secret rejeta l’étoffe qui la couvrait et s’allongea sur le sol féerique qui se mit à scintiller, toujours un peu plus à mesure qu’elle l’embrassait. Faisant ainsi l’amour au temple, caressant du bout de la langue les galets ruisselants d’une eau pure et salée, elle allait ainsi, rampant nue, le regard embué d’exaltation, étreinte de toute part, possédée d’âme et de corps vers le feu qu’elle désirait plus que tout. Ce feu qui, dans sa prouesse amoureuse, se trouvait bientôt à quelques doigts, quelques avancées, quelques souffles… Ce feu qu’elle découvrit être un amas de cristaux enflammés.
Alors envahie de fougue, dans la transe d’une impossible frénésie, les seins bandés sous l’embrasement, elle plongea à même l’améthyste dont elle bu la moindre étincelle. Dans un fabuleux orgasme pyrotechnique, Secret mourut sur le libre bûcher du délice, consumée par le feu magique d’un temple recelant les secrets du monde, antre de la gardienne des Impossibles Plaisirs.